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Avant de lancer les dés, le joueur romain se tournait vers Fortuna. L’Aztèque invoquait Macuilxochitl avant de poser ses enjeux au Patolli. Le Grec murmurait le nom d’Hermès à l’entrée du stade. Trois civilisations, trois continents, même réflexe : donner un nom au hasard pour croire qu’on peut lui parler.
Fortuna : la roue qui ne s’arrête jamais
Les Romains ne vénéraient pas une seule Fortune — ils en avaient plusieurs. Fortuna Dubia, la douteuse. Fortuna Brevis, la capricieuse. Fortuna Mala, la mauvaise. Chacune gouvernait un aspect différent de l’imprévisible. La Rota Fortunae — la roue de la Fortune, mentionnée pour la première fois par Cicéron — résumait leur philosophie en quatre positions : regnabo (je régnerai), regno (je règne), regnavi (j’ai régné), sum sine regno (je suis sans royaume). On montait. On descendait. La roue continuait.
Ses autels se trouvaient dans les maisons de bain où les Romains aimaient jouer. Les esclaves lui vouaient une dévotion particulière — elle seule pouvait renverser leur condition. Les joueurs prononçaient son nom avant de miser. Le lancer de pièce qu’on utilise encore aujourd’hui pour trancher une décision vient probablement de là : les pièces romaines portaient Fortuna d’un côté, la tête d’un empereur de l’autre.
Tyché : l’équilibre cosmique et Némésis
La Tyché grecque — dont Fortuna est l’héritière directe — avait une caractéristique que les Romains ont abandonnée : une rivale. Némésis, déesse de la rétribution, la combattait en permanence pour maintenir l’équilibre cosmique. Quand Tyché accordait trop, Némésis rééquilibrait. Cette tension entre chance et punition divine explique pourquoi les Grecs se méfiaient des coups de chance excessifs — trop de faveur divine appelait la correction.
Pendant la période hellénistique, avec les bouleversements d’Alexandre le Grand, Tyché éclipsa progressivement les dieux olympiens. Face à l’instabilité politique et aux fortunes qui se retournaient en une campagne militaire, elle incarnait mieux que quiconque la réalité du moment.
Macuilxochitl : Cinq-Fleur, dieu du Patolli
Dans le panthéon aztèque, Macuilxochitl — « Cinq-Fleur » — gouvernait les jeux, la danse, la musique et le hasard. Chef des Ahuiateteo, les dieux de l’excès, il avait une double nature sans ambiguïté : il encourageait les festivités et pouvait envoyer furoncles, hémorroïdes et maladies vénériennes à ceux qui transgressaient. Ses représentations le montrent avec une peau rouge, une main sur la bouche, un bâton perçant un cœur.
Son jeu sacré était le Patolli — jeu de stratégie et de chance joué par les roturiers comme par les nobles. Moctezuma aimait regarder ses nobles y jouer à la cour. Les enjeux pouvaient inclure des couvertures, des pierres précieuses, de la nourriture, ou dans les cas extrêmes, les maisons, la famille, la liberté. Avant chaque partie, les joueurs invoquaient son nom.
Hermès : l’inventeur des dés
Hermès présidait à tous types de concours dans la mythologie grecque — d’où son épithète Enagonios, « Seigneur des Concours ». À Olympie, près de l’entrée du stade, deux autels se faisaient face : celui d’Hermès Enagonios et celui de Kairos, l’Opportunité. Les athlètes accomplissaient des rituels avant de concourir. Les vainqueurs lui dédiaient leurs victoires.
Sa relation avec le jeu allait plus loin : selon la tradition, Hermès avait inventé les dés. Messager entre les mondes mortel et divin, il était le guide naturel de ceux qui naviguaient entre chance et destin — ni entièrement dans un camp, ni dans l’autre.
Nezha et Gaja Lakshmi : les traditions d’Asie
En Chine, Nezha — divinité protectrice du taoïsme et du bouddhisme populaire, né après trois ans et demi de gestation avec la parole et la force surhumaines — est vénéré dans les casinos asiatiques modernes pour sa capacité à porter chance. La tradition dit qu’il révèle les numéros gagnants aux joueurs qu’il apprécie. Ses représentations ornent les temples et les autels domestiques des joueurs.
Dans le panthéon hindou, Gaja Lakshmi — l’Elephant Lakshmi — est la donatrice de richesse et de prospérité royale. Représentée entourée de deux éléphants qui la baignent, assise sur un lotus, elle incarne la fortune légitime plutôt que le coup de chance. Mais pour ceux qui cherchent la faveur divine avant une prise de risque, la distinction importe peu.
Ce que ces dieux disent de nous
Ces figures mythologiques n’ont pas grand-chose en commun — cosmologies différentes, iconographies opposées, morales contradictoires. Ce qu’elles partagent, c’est la fonction : donner un nom à l’imprévisible, créer l’illusion d’un interlocuteur face au hasard. Le joueur qui murmure « allez Fortuna » avant de miser perpétue exactement ce geste — deux mille ans plus tard, dans un casino climatisé.
Pour ceux que l’univers du jeu fascine sans les invocations divines, L’As du Casino propose des soirées casino d’entreprise à Paris — où la chance reste capricieuse, mais personne ne risque sa liberté comme au Patolli.
Questions fréquentes
Pourquoi les Romains avaient-ils plusieurs déesses de la Fortune au lieu d'une seule ?
Parce qu'ils considéraient que le hasard avait plusieurs visages : Fortuna Dubia la douteuse, Fortuna Brevis la capricieuse, Fortuna Mala la mauvaise. Chaque version gouvernait un aspect différent de l'imprévisible, reflétant leur vision nuancée du destin.
Que risquait un Grec qui gagnait trop souvent aux jeux ?
Il s'attirait les foudres de Némésis, déesse de la rétribution qui combattait Tyché pour maintenir l'équilibre cosmique. Les Grecs craignaient qu'un excès de chance divine n'appelle une correction brutale du destin.
Qu'est-ce qu'un joueur aztèque pouvait perdre au Patolli dans les cas extrêmes ?
Bien plus que des pierres précieuses ou des couvertures : sa maison, sa famille, voire sa liberté. Le jeu sacré de Macuilxochitl autorisait des mises qui touchaient à l'existence même du joueur.
Pourquoi Hermès était-il considéré comme le dieu parfait pour les joueurs grecs ?
Messager entre le monde mortel et divin, il incarnait cette position intermédiaire entre chance et destin. Inventeur des dés selon la tradition, il guidait naturellement ceux qui naviguaient dans l'incertitude du jeu.
📅 Repères chronologiques
« La Fortune est aveugle, mais non pas la sagesse. »
— Cicéron, De inventione, traité rhétorique de Cicéron, où il évoque la nature capricieuse de la Fortune

Statue de Fortuna tenant une corne d’abondance et un gouvernail, symboles de l’abondance et du destin — Source : Wikimedia Commons — Domaine public