Sept accidents mortels et un jackpot : l’incroyable destin de Frane Selak

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Imaginez un homme qui survit à un déraillement de train avec chute dans une rivière glacée, à un atterrissage forcé d’avion, à l’explosion de sa voiture, à deux autres accidents de voiture, à un accident d’autobus, et à une chute dans un ravin… avant de gagner 1 million d’euros à la loterie à l’âge de 74 ans. Cela ressemble au scénario d’un film d’action hollywoodien, et pourtant c’est la vie réelle de Frane Selak, un Croate né en 1929.

Le 7 janvier 1962 : le train vers l’enfer

Frane Selak naît le 14 juin 1929 à Petrinja, en Croatie. Fils d’un cheminot et d’une couturière, il grandit dans une famille modeste, devient professeur de musique, épouse Ruža en 1950, et mène une vie paisible à Zagreb. Rien ne laisse présager le destin extraordinaire qui l’attend.

La vie de Frane bascule par une froide matinée de janvier 1962. Âgé de 32 ans, il voyage en train de Sarajevo vers Dubrovnik. Vers 11 h 30, un défaut de freinage combiné à des conditions météorologiques extrêmes provoque le déraillement du convoi. Le train plonge dans la rivière glacée en contrebas. Frane se retrouve projeté hors de sa voiture par une fenêtre brisée. Quand il reprend conscience, il flotte dans l’eau glacée, miraculeusement conscient. Autour de lui : 17 passagers ont perdu la vie. Lui ne présente que quelques contusions et une commotion légère. Le Dr. Marijan Košćak, médecin urgentiste présent sur les lieux, témoignera des décennies plus tard : « Sa position dans le wagon, la trajectoire de sa chute, la température de l’eau… tout était réuni pour qu’il ne survive pas. Et pourtant, il était là, conscient, presque souriant. »

1963 : la chute impossible de 4 600 mètres

Un an après le déraillement, Frane reprend confiance et accepte de prendre l’avion pour une conférence pédagogique à Belgrade. À 15 000 pieds d’altitude, une porte cargo mal verrouillée s’ouvre brutalement, créant une dépressurisation catastrophique. L’avion entre en vrille. Plusieurs passagers, dont Frane, sont aspirés vers l’extérieur.

Ce qui suit défie toute logique physique. Frane chute de près de 4 600 mètres et atterrit dans une botte de foin. L’avion s’écrase en tuant 19 personnes. Frane est retrouvé inconscient mais vivant dans un champ, à plusieurs kilomètres du site du crash, avec une fracture du bras et de multiples contusions — aucune blessure vitale. Aucun parachute n’a été déployé. Le Dr. Andrija Petković, médecin légiste ayant participé à l’enquête, n’a jamais trouvé d’explication : « La vitesse terminale d’un corps humain est de 200 km/h environ. Même en atterrissant dans la neige ou la paille, l’impact aurait dû être fatal. »

La malédiction des automobiles : trois explosions

Après l’accident d’avion, Frane décide d’éviter trains et avions et se tourne vers l’automobile, qu’il considère comme plus sûre. En septembre 1966, il roule tranquillement au volant de sa Škoda quand le réservoir d’essence explose spontanément, transformant la voiture en boule de feu. Des paysans travaillant dans les champs voisins voient « un homme voler hors d’une voiture en flammes ». Frane est retrouvé inconscient à une dizaine de mètres de l’épave carbonisée. L’enquête technique ne parvient jamais à déterminer la cause de l’explosion.

Quatre ans plus tard, en juin 1970, sa nouvelle voiture prend feu sans raison apparente sur la route entre Osijek et Zagreb. Cette fois, Frane a le temps de sortir du véhicule, mais les flammes lui brûlent sérieusement les cheveux et les sourcils. En 1973, une troisième explosion se produit dans une station-service de Zagreb : une fuite d’essence entre en contact avec le pot d’échappement encore chaud. La déflagration projette Frane à plusieurs mètres et incendie une partie de la station. Il ne souffre que de brûlures superficielles. Les médias locaux commencent à s’intéresser à ce « professeur de musique qui attire les accidents ».

1995 et 1996 : l’autobus et le camion

Après trois explosions de voitures, Frane renonce à conduire. À 66 ans, veuf depuis peu, il prend l’autobus entre Zagreb et Karlovac par une matinée brumeuse de novembre 1995. Le chauffeur perd le contrôle dans une descente sinueuse. L’autobus percute la glissière de sécurité et bascule dans un ravin de 150 mètres de profondeur. Bilan : 4 morts et 12 blessés graves parmi les 18 passagers. Frane, projeté hors du véhicule par une fenêtre lors des tonneaux, atterrit dans un buisson épineux qui amortit sa chute. Quand les secours arrivent trois heures plus tard, il est debout près de l’épave, tentant d’aider les autres victimes. Il ne présente que des égratignures.

Un an plus tard, le 14 juin 1996 — jour de son 67e anniversaire — il roule à nouveau quand un camion de 15 tonnes chargé de ferraille fait une sortie de route et fonce droit sur lui. La collision semble inévitable. Dans une fraction de seconde, Frane éjecte de sa voiture en ouvrant la portière et se jette sur le bas-côté. Une seconde après sa sortie, le camion percute la Yugo et provoque une explosion spectaculaire. La voiture est littéralement pulvérisée. Frane, allongé dans l’herbe, assiste à la destruction totale de son véhicule.

En 34 ans, Frane Selak a survécu à 7 accidents majeurs qui ont coûté la vie à 35 personnes au total. Le Dr. Zlatko Matešić, professeur de statistiques à l’université de Zagreb, calcule que la probabilité combinée de survivre à tous ces accidents est d’environ 1 sur 2,5 trillions. Il est statistiquement plus probable de gagner trois fois consécutives au Loto.

2003 : le jackpot

Le 30 août 2003, à l’âge de 74 ans, Frane achète son premier billet de loterie depuis des décennies. Kata, sa seconde épouse, lui a offert ce ticket pour leur anniversaire de mariage, en plaisantant : « Avec ta chance, tu vas peut-être gagner ! » Le 2 septembre 2003, les numéros s’affichent un à un à la télévision : 7-11-19-27-31-43. Ses numéros. Le jackpot s’élève à 10 millions de kunas croates, soit environ 1 million d’euros. L’homme qui a survécu à 7 accidents mortels vient de décrocher le jackpot de la loterie nationale croate.

La nouvelle fait sensation dans le monde entier. Les organisateurs de la loterie mènent une enquête approfondie : aucune fraude n’est détectée. Le Dr. Branko Grčić, psychologue à l’université de Zagreb, commente : « Le cas Selak illustre parfaitement l’ambiguïté de la notion de chance. Cet homme a-t-il été extrêmement malchanceux pendant 40 ans, puis extrêmement chanceux ? Ou bien était-il chanceux depuis le début, puisqu’il a survécu à l’impossible ? »

En 2010, à 81 ans, Frane fait don de la majeure partie de sa fortune à ses proches et à des œuvres caritatives. « L’argent ne fait pas le bonheur », explique-t-il. « Ma vraie richesse, c’est d’être encore vivant. »

Les tentatives d’explication scientifique

Face au cas Selak, les scientifiques ont tenté plusieurs approches explicatives. L’explication probabiliste pure semble insuffisante — même en tenant compte du grand nombre d’accidents qui se produisent quotidiennement dans le monde, la concentration de tous ces événements sur une seule personne reste statistiquement aberrante. Le Dr. John Allen Paulos, mathématicien américain spécialisé dans les coïncidences, analyse : « Nous avons tendance à sous-estimer la fréquence des événements extrêmement rares quand ils se concentrent sur un individu. »

Une approche psychologique et comportementale suggère que Frane pourrait posséder des caractéristiques particulières — des réflexes de survie exceptionnels, une résistance physique au stress, un optimisme qui favorise la récupération. Des recherches en neurosciences suggèrent que certains individus ont des capacités de détection précoce du danger supérieures à la moyenne, ce qui expliquerait ses réactions souvent optimales dans des situations extrêmes.

Les psychologues identifient également un « effet Selak » : notre tendance à rechercher des patterns extraordinaires dans des séries d’événements aléatoires, et notre besoin psychologique de trouver du sens dans le chaos. Frane lui-même développe ses propres théories : « J’ai développé des réflexes que je n’avais pas avant. Je sentais le danger arriver. Et j’ai toujours gardé espoir. Ma grand-mère disait que j’avais un ange gardien. Peut-être avait-elle raison. »

La philosophie du survivant

Aujourd’hui âgé de 94 ans, Frane Selak coule une vieillesse paisible dans son village près de Zagreb. Sa santé reste remarquable pour son âge. Il passe ses journées à jardiner et à recevoir les journalistes du monde entier qui continuent de s’intéresser à son cas. Il refuse de se considérer comme exceptionnel : « J’ai simplement vécu ma vie du mieux que j’ai pu. Les accidents font partie de l’existence. Ce qui compte, c’est comment on y réagit. »

L’histoire de Frane Selak nous confronte aux limites de notre compréhension du hasard et du destin. Elle illustre que la réalité peut parfois dépasser les prédictions les plus sophistiquées de nos modèles probabilistes. Plus que la chance pure, elle révèle la capacité extraordinaire de l’être humain à surmonter l’adversité — cette résilience qui se construit à travers l’expérience et se renforce par l’épreuve. L’homme qui a défié la mort sept fois et gagné le gros lot nous enseigne finalement ceci : « Prendre chaque jour comme un cadeau, car on ne sait jamais si ce sera le dernier. »

Ces univers fascinants ont aussi inspiré un format événementiel très prisé des entreprises : organiser une soirée casino d’entreprise, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.

📅 Repères chronologiques

1929
Naissance de Frane Selak à Dugobabe, Yougoslavie
1962
Survit au déraillement d’un train tombé dans une rivière glacée (17 morts)
1963
Survit à l’accident d’un avion dont il est éjecté (19 morts)
1970
Sa voiture prend feu alors qu’il conduit, il s’échappe in extremis
2003
Gagne l’équivalent d’environ 800 000 euros à la loterie nationale croate

« J’ai eu de la chance d’être en vie. Je ne me considère pas comme malchanceux, mais comme l’homme le plus chanceux du monde. »

— Frane Selak, Déclaration après sa victoire à la loterie en 2003

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