⏱ Temps de lecture : 9 min
Tueur à gages, boss par intérim de la mafia de Los Angeles, puis informateur vedette du FBI — Jimmy Fratianno a traversé toutes les strates du crime organisé américain avant de tout révéler. Pour un million de dollars aux frais du contribuable.
Il est né à Naples en 1913, immigré à Cleveland, et a gagné son surnom en fuyant la police dans le quartier de Little Italy. Un témoin avait crié : « Regardez cette belette courir ! » Le sobriquet resta. Et il définit l’homme mieux que n’importe quelle biographie.
Jimmy « The Weasel » Fratianno a avoué cinq meurtres. Participé à six autres. Gravi les échelons de la famille criminelle de Los Angeles jusqu’au sommet. Puis, quand il a compris que ses propres associés préparaient son assassinat, il a retourné sa veste avec la même efficacité froide qu’il avait mise à étrangler ses victimes.
Son témoignage a envoyé 37 hommes en prison. Six d’entre eux étaient des boss mafieux majeurs. Las Vegas n’a plus jamais été tout à fait la même.
Cleveland, Los Angeles, et les deux Tony
Fratianno arrive à Los Angeles en 1946. Il se lie rapidement à Mickey Cohen, puis intègre la famille criminelle dirigée par Jack Dragna. Sa réputation se construit vite — et brutalement.
Le 6 août 1951, Dragna lui confie une mission : éliminer Anthony Brancato et Tony Trombino, deux jeunes mafieux qui opéraient à Los Angeles et Las Vegas sans autorisation de la famille. Fratianno les attire dans un piège, les abat dans leur voiture. Simple. Propre. Sans témoin.
Deux ans plus tard, il récidive. « Russian Louie » Strauss, ancien propriétaire de casino à Lake Tahoe, avait eu la mauvaise idée d’essayer d’extorquer Benny Binion — ami de Dragna et pilier de Las Vegas. Fratianno se lie d’amitié avec Strauss, lui promet 10 000 dollars en liquide à Los Angeles, l’y conduit. Une corde l’attendait.
Las Vegas : « l’endroit le plus corrompu du monde »
Dans les années 1960, Fratianno tente de mettre la main sur le Tally Ho, un hôtel du Strip en cours de transformation en casino — le futur Aladdin. Il achète une maison à Las Vegas, fait venir ses parents. Il est au cœur du système.
Et ce système, il le connaît dans ses moindres détails. Les familles de Kansas City, Chicago et New York se partagent les revenus des casinos via le skimming — une part retirée avant déclaration fiscale, en liquide, non traçable. Les fonds de pension des Teamsters financent les opérations. Les contributions aux campagnes gouvernatoriales garantissent les licences de jeu. « Les familles décident qui obtient une licence de jeu à Las Vegas. Point. »
Le 11 avril 1976, Fratianno est photographié en coulisses du Westchester Premier Theater avec Frank Sinatra, Carlo Gambino, Paul Castellano et Gregory DePalma. La photo fait le tour des rédactions. Elle résume, en un cliché, vingt ans de perméabilité entre le show-business et la pègre.
La trahison qui précède la trahison
En 1977, les choses se gâtent. Dominic Brooklier, nouveau boss de la famille de Los Angeles, commence à remettre en question le passé de Fratianno. Il prétend qu’il n’a jamais vraiment été boss par intérim. Il fait circuler des rumeurs.
Fratianno comprend le signal. Dans la mafia, on ne remet pas en question votre légitimité pour l’anecdote. On le fait pour préparer votre disparition.
Puis vient la révélation finale : lors d’une veillée funèbre, il apprend que la famille criminelle de Cleveland a infiltré le FBI. Une employée de bureau transmet des documents. Deux informateurs ont été identifiés par numéro de code. Elle travaille à obtenir leurs noms. Fratianno pense qu’il pourrait être l’un d’eux.
Il n’attend pas de le découvrir.
Le pacte avec le gouvernement
En 1977, après avoir été mis en accusation pour sa participation à la planification du meurtre de Danny Greene — boss de la mafia irlandaise tué par une bombe de voiture à Cleveland — Fratianno prend sa décision. Il plaide coupable à plusieurs accusations de meurtre. Il coopère. Il témoigne.
Sa peine : cinq ans, dont 21 mois effectifs. En échange, il livre tout ce qu’il sait. Noms. Méthodes. Réseaux. Il comparaît devant plus d’une douzaine de grands jurys, plusieurs audiences du Congrès, une commission présidentielle et 15 procès criminels. « C’est la percée la plus significative depuis Joe Valachi », déclare le chef du bureau local du FBI.
En 1980, il entre dans le programme fédéral de protection des témoins. La mafia aurait mis 100 000 dollars sur sa tête.
Un million de dollars aux frais du contribuable
Ce qui suit dépasse la fiction. Fratianno passe l’été dans les Rocheuses, hiverne dans les stations balnéaires des Caraïbes. Il change de nom une douzaine de fois, vit dans au moins onze endroits différents. Quand les marshals refusent de satisfaire une demande, il appelle directement le FBI ou le ministère de la Justice jusqu’à obtenir satisfaction.
Le gouvernement finance la chirurgie esthétique de sa femme — implants mammaires et lifting compris. Il perçoit une allocation mensuelle de 1 350 dollars, plus les voyages, les hôtels, les per diem. Sur dix ans, le total approche le million de dollars.
En 1987, après la publication de ses deux mémoires — « The Last Mafioso » en 1980, « Vengeance is Mine » en 1987 — le ministère de la Justice coupe les vivres. Fratianno se répand dans les médias : « Il n’y a pas de loyauté avec le gouvernement. » Le tueur se plaignait d’avoir été trahi.
Il mourut en 1993, paisiblement, dans son sommeil, à 79 ans. Alzheimer. Ses victimes n’eurent pas cette chance.
Questions fréquentes
Pourquoi l'a-t-on surnommé « The Weasel » (la belette) ?
Un témoin l'a vu fuir la police dans Little Italy à Cleveland en criant : « Regardez cette belette courir ! » Le surnom lui est resté toute sa vie. Il s'est révélé tristement prémonitoire : Fratianno a finalement trahi tous ses associés en devenant informateur du FBI.
Comment Fratianno attirait-il ses victimes dans ses pièges ?
Il utilisait la confiance et l'appât du gain. Avec « Russian Louie » Strauss, il s'est lié d'amitié avec lui avant de lui promettre 10 000 dollars en liquide à Los Angeles. Une fois sur place, une corde l'attendait. Simple, froid, sans témoin.
Que révèle la photo de 1976 avec Frank Sinatra ?
Cette image prise en coulisses du Westchester Premier Theater montre Fratianno aux côtés de Sinatra, Carlo Gambino, Paul Castellano et Gregory DePalma. Elle capture en un cliché vingt ans de proximité entre le show-business et la mafia, et fera le tour de toutes les rédactions américaines.
Qu'est-ce qui a finalement poussé Fratianno à trahir la mafia ?
Il a appris que la famille de Cleveland avait infiltré le FBI et identifiait les informateurs. Convaincu d'être l'un d'eux et déjà menacé par son propre boss à Los Angeles, il a choisi de frapper le premier. Son témoignage enverra 37 hommes en prison, dont six boss majeurs.
Cette culture du risque calculé se retrouve dans un cadre plus festif : soirée casino pour vos collaborateurs, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.
📅 Repères chronologiques
À lire aussi
- ›Les secrets de la mafia à Las Vegas : 10 histoires
- ›L’évolution historique des braquages de casinos : des coups audacieux d’hier aux tentatives sophistiquées d’aujourd’hui
- ›L’art du compte de cartes : quand les mathématiques défient la maison
- ›Le massacre de la Saint-Valentin et les casinos clandestins de Chicago : quand Al Capone régnait sur les tables de jeu