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Il n’a jamais voulu être policier. Il le dit lui-même. C’est en sauvant un inconnu des eaux glacées du canal Saint-Martin qu’il fait la connaissance d’un vieux brigadier — et du même coup de la police parisienne.
Robert Broussard naît en 1936 à Aulnay-de-Saintonge, fils de cheminot. Clairon, rugby, ébénisterie — pas les études. Il entre comme commis aux écritures au commissariat d’Argenteuil en 1960. Pour passer officier de police judiciaire, il potasse le droit tous les jours pendant un an, de 4 h à 8 h du matin et de 20 h à minuit. Il finit commissaire.
Ses collègues l’appellent « Bob » ou « le Barbu ». Il porte un blouson de cuir, parle à ses hommes comme à « ses enfants », les coache « comme un pack d’avants de rugby. » Il arrive au 36, quai des Orfèvres en 1971. « C’est un mythe, dit-il. C’est la consécration pour chaque flic. »
Le champagne et le cigare
Le 28 septembre 1973, Jacques Mesrine est localisé dans un appartement parisien. Broussard doit parlementer pendant une heure. Mesrine lui glisse sa carte d’identité sous la porte pour vérifier qu’il est bien le commissaire Broussard. Puis il lance un défi : Broussard doit se placer devant la porte, sans armes, à sa merci.
Il s’exécute. Mesrine ouvre la porte, une bouteille de champagne à la main et un cigare aux lèvres. Arrestation. La scène fait les journaux.
C’est la méthode Broussard — ce qu’il appelle le « corps à corps psychologique. » Plutôt que la force, le dialogue. L’empathie tactique. La prise de risque calculée. Dans les prises d’otages, il peut « uriner un bon coup contre un mur » pour décompresser avant de repartir à l’assaut verbal. Sans fausse pudeur.
Porte de Clignancourt, 2 novembre 1979
Six ans après le champagne, les circonstances ont changé. Mesrine s’est évadé de la Santé en 1978. Il donne des interviews à des journalistes depuis sa cavale. Broussard y voit un défi direct à la police.
C’est le commissaire Aimé-Blanc de l’OCRB qui localise la planque, rue Belliard. Mais Maurice Bouvier, directeur central de la PJ, confie l’arrestation à la BRI de Broussard. Les deux hommes se retrouvent dans la même voiture de commandement boulevard Ney.
Un camion bâché s’insère dans la circulation devant la voiture de Mesrine. Des tireurs cachés à l’intérieur ouvrent le feu sur ordre de Broussard. Vingt et une balles tirées. Dix-huit impacts sur le corps de Mesrine. Sa compagne perd un œil.
La polémique ne tarde pas — la famille Mesrine soutient qu’il n’y a pas eu de sommations. Broussard assumera toujours l’opération. « Un combat à la loyale. »
L’homme qui a créé le RAID
En 1975, Broussard abat William Zemour, chef supposé d’un gang mafieux parisien, lors d’une opération au bar Le Thélème dans le 5ᵉ. Les frères Zemour rescapés mettent un contrat sur sa tête. Il continue.
En 1985, avec l’accord du ministre Pierre Joxe, il fonde le RAID — Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion. Un mois après sa création, l’unité est mise à l’épreuve lors de la prise d’otages du palais de justice de Nantes. Courtois et ses complices. Pas de victimes. La doctrine est validée.
Broussard part ensuite en Corse comme commissaire de la République délégué pour la police, puis prend la direction de la police aux frontières en 1992. Il part à la retraite en décembre 1996.
87 ans, Légion d’honneur, et les matchs de rugby
Le 29 novembre 2023, Gérald Darmanin lui remet la distinction de commandeur de la Légion d’honneur dans un salon du ministère de l’Intérieur place Beauvau. Broussard a 87 ans. Il apparaît très ému. Étaient présents le préfet de police de Paris, les patrons de la BRI et du RAID — l’unité qu’il a créée quarante ans plus tôt.
« Une fierté personnelle et un hommage à la police passée et actuelle », dit-il.
Aujourd’hui, Bob s’occupe de la sécurité des matchs à la Fédération française de rugby. Le rugby, il y est revenu. Comme aux origines.
Questions fréquentes
Comment un sauvetage dans le canal Saint-Martin a-t-il fait basculer le destin de Broussard ?
En repêchant un inconnu des eaux glacées du canal Saint-Martin, Broussard fait la connaissance d'un vieux brigadier qui lui ouvre les portes de la police parisienne. Lui qui ne voulait jamais devenir policier se retrouve ainsi embarqué dans une carrière légendaire, presque par hasard.
Pourquoi Mesrine a-t-il exigé que Broussard se place sans arme devant sa porte ?
Lors de l'arrestation du 28 septembre 1973, Mesrine lance un défi ultime à Broussard : se tenir désarmé devant sa porte, totalement à sa merci. C'est du pur Mesrine — un test de courage et de parole. Broussard s'exécute, et Mesrine sort alors avec une bouteille de champagne et un cigare, se laissant arrêter.
Que faisait Broussard pour décompresser pendant les prises d'otages ?
Sans fausse pudeur, Broussard avoue qu'il pouvait « uriner un bon coup contre un mur » pour évacuer la pression avant de repartir négocier. C'est sa méthode : rester humain, authentique, et gérer le stress du « corps à corps psychologique » sans artifice.
Que fait aujourd'hui le légendaire Bob Broussard à 87 ans ?
Après avoir créé le RAID et marqué l'histoire de la police française, Bob est revenu à ses premières amours : le rugby. Il s'occupe désormais de la sécurité des matchs à la Fédération française de rugby, bouclant la boucle d'une vie hors norme.
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