L’Australie, nation championne du jeu : enquête sur une passion nationale

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Trois Australiens sur quatre jouent de l’argent chaque année. 244 milliards de dollars misés en 2022-23. Des pertes moyennes de 1 527 dollars par adulte — le record mondial. Et 200 000 machines à sous réparties dans les pubs, soit 76 % des machines de clubs et pubs de toute la planète, pour 0,3 % de la population mondiale.

Des chiffres qui donnent le vertige

En 2022-23, les Australiens ont placé des paris d’une valeur totale de 244,3 milliards de dollars australiens, générant des pertes de 31,5 milliards — plus que le PIB de l’Ukraine. En 2024, environ 60,3 % des adultes australiens ont participé à des activités de jeu, avec 38 % pariant au moins une fois par semaine.

L’Australie affiche le taux de pertes par habitant le plus élevé au monde : 958 dollars américains par an, soit près de 200 dollars de plus que Hong Kong en deuxième position et plus de 500 dollars de plus que les États-Unis. La différence entre les sexes est marquée — 80,5 % des hommes et 66,2 % des femmes ont joué au cours des 12 derniers mois.

Les pokies : comment l’Amérique a transformé l’Australie

L’histoire commence à San Francisco à la fin du XIXᵉ siècle — Charles Fey invente la première machine à sous, la « Liberty Bell ». Des marins américains introduisent les premières machines en Australie dans les années 1880 lors de leurs permissions à terre.

Le tournant décisif : 1953, l’entreprise australienne Aristocrat développe son premier jeu, le « Clubman ». En 1956, la Nouvelle-Galles du Sud devient le premier État à légaliser les machines à sous dans les clubs enregistrés. Jusqu’aux années 1990, l’Australie n’a qu’un seul territoire légal pour les pokies. Puis Queensland et Victoria légalisent en 1991, l’Australie du Sud en 1992. Les pubs suivent : Queensland en 1992, Australie du Sud en 1994, Nouvelle-Galles du Sud en 1997.

Résultat aujourd’hui : 200 000 machines de jeu électroniques en fonctionnement — 76 % des machines de pubs et clubs du monde entier, pour un pays qui représente 0,3 % de la population mondiale.

La culture du pub : un mélange explosif

L’extraordinaire succès du jeu ne se comprend pas sans la culture du pub, pilier de la socialisation australienne. Les recherches révèlent que 43 % de la population de plus de 18 ans se rendent dans un pub pour un repas au cours d’une période de trois mois — plus du double de la proportion qui y va uniquement pour boire (20 %). Cette transformation des pubs en lieux de restauration et de socialisation a créé un environnement propice à l’intégration naturelle des machines à sous.

Le Melbourne Cup : « la course qui arrête la nation »

Le Melbourne Cup Day se tient chaque premier mardi de novembre — jour férié en Victoria. Surnommé « la course qui arrête la nation » en raison de son audience nationale et de la participation généralisée aux paris. L’histoire du jeu en Nouvelle-Galles du Sud remonte à 1810 : première réunion officielle de courses de chevaux à Hyde Park à Sydney. Première loterie officielle australienne en 1881. Cette longévité historique ancre profondément le jeu dans l’ADN culturel australien.

Carolyn Crawford : l’histoire d’une comptable devenue voleuse

Carolyn Crawford, ancienne gestionnaire de bureau et de comptabilité, ne réalisait pas que jouer aux pokies chaque soir contribuait aux 24 milliards de dollars perdus annuellement par les Australiens. Elle considérait initialement le jeu comme une simple sortie sociale qu’elle pouvait arrêter à tout moment. À une soixantaine d’années, elle fut emprisonnée pendant 18 mois pour avoir volé des centaines de milliers de dollars à son employeur pour alimenter sa dépendance.

Son témoignage : « Quand j’ai commencé à jouer aux machines, je ne réalisais pas qu’elles étaient addictives. J’ai toujours pensé que l’addiction concernait les drogues et l’alcool — mais il a été démontré qu’il n’y a pas de différence entre ces addictions et le jeu. »

Le coût social : 4,7 milliards par an

Environ 80 000 à 160 000 adultes australiens éprouvent des problèmes importants liés au jeu, et 250 000 à 350 000 autres connaissent des risques modérés. Le coût social estimé par la Commission de la productivité : au moins 4,7 milliards de dollars australiens par an, avec des liens établis entre le jeu et le vol, la perte d’emploi, la faillite, la violence familiale et l’itinérance.

Un joueur problématique typique affecte six autres personnes. Près de la moitié (46 %) des Australiens qui jouent sont classés comme étant à risque de subir des dommages liés au jeu.

Les jeunes dans la ligne de mire

Environ un tiers (30 %) des individus âgés de 12 à 17 ans participent au jeu, chiffre grimpant à près de la moitié (46 %) parmi ceux âgés de 18 à 19 ans. La participation au jeu augmente significativement de 15,8 % à l’âge de 16-17 ans à 45,7 % à 18-19 ans. En Australie, les adolescents sont plus susceptibles de jouer que de participer à n’importe quel sport populaire de leur groupe d’âge.

L’omniprésence publicitaire

Il est pratiquement impossible de regarder la télévision australienne sans être bombardé de publicités pour les paris sportifs — contrairement à l’Italie et l’Allemagne qui ont interdit toute publicité de jeu à la télévision, à la radio et sur internet. Environ 78 % des Australiens déclarent voir ou entendre des publicités de paris au moins une fois par semaine.

L’opinion publique est pourtant claire : 76 % des Australiens sont favorables à une interdiction complète de la publicité sur le jeu. 81 % soutiennent l’interdiction sur les réseaux sociaux et plateformes en ligne. 79 % approuvent leur prohibition dans les stades et sur les uniformes des joueurs.

L’exception : l’Australie-Occidentale

L’Australie-Occidentale reste le seul territoire à ne pas avoir légalisé les pokies, bien que les machines de jeu électroniques soient légales dans les casinos. Cette exception confirme que les politiques publiques peuvent influencer significativement les taux de participation au jeu.

Le paradoxe australien

77 % des Australiens croient qu’il y a « trop d’opportunités de jeu de nos jours ». 68 % estiment que le jeu est « dangereux pour la vie familiale ». 59 % pensent que le jeu « devrait être découragé ». Et pourtant, trois sur quatre jouent chaque année.

Le conseil de Darebin a calculé : « Au cours des dernières années, notre communauté a perdu un peu plus de 80 millions de dollars par an uniquement sur les machines à poker. Et vous ne pouvez pas retirer 80 millions de dollars de la communauté sans que certaines personnes ne connaissent une pauvreté assez sévère en conséquence. »

L’Australie se trouve à un carrefour historique. Une industrie profondément ancrée dans la culture nationale — et des coûts sociaux qui s’accumulent. La réponse à ce paradoxe façonnera non seulement l’avenir du jeu en Australie, mais pourrait servir de modèle pour d’autres nations confrontées aux mêmes défis.

Sources : Australian Gambling Research Centre, Commission de la productivité australienne, Australian Institute of Health and Welfare, rapports gouvernementaux 2022-2024.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Australie détient-elle 76% des machines à sous de pubs au monde ?

Tout commence avec la légalisation progressive des pokies entre 1956 et les années 1990. Combinée à la culture unique du pub australien  où 43% de la population va manger plutôt que boire  cette ouverture a créé un terrain fertile. Résultat : 200 000 machines pour seulement 0,3% de la population mondiale.

Comment une comptable respectable a-t-elle fini en prison à cause des pokies ?

Carolyn Crawford pensait que le jeu aux machines à sous n'était qu'une sortie sociale anodine. À la soixantaine, elle a volé des centaines de milliers de dollars à son employeur pour financer son addiction, sans réaliser que les pokies étaient aussi addictifs que les drogues dures. Elle a écopé de 18 mois de prison.

Qu'est-ce que le Melbourne Cup a à voir avec la passion australienne pour le jeu ?

Surnommée 'la course qui arrête la nation', cette course hippique du premier mardi de novembre est un jour férié en Victoria où tout le pays parie. Cette tradition remonte à 1810 avec la première course officielle à Hyde Park, ancrant le jeu dans l'ADN culturel australien depuis plus de deux siècles.

Les Australiens perdent-ils vraiment plus d'argent au jeu que tous les autres pays ?

Absolument : 958 dollars américains par habitant et par an, soit le record mondial. C'est près de 200 dollars de plus que Hong Kong en deuxième position, et plus de 500 dollars de plus que les États-Unis. En 2022-23, les pertes totales ont dépassé 31,5 milliards de dollars  plus que le PIB de l'Ukraine.

Ces lieux mythiques ont inspiré un format festif accessible pour toutes les occasions : organiser une soirée casino pour un anniversaire, avec tables et croupiers professionnels disponibles en Île-de-France.

📅 Repères chronologiques

1810
Premières courses hippiques organisées à Sydney, ancêtres du pari sportif organisé en Australie
1956
Légalisation des paris sur les courses de chevaux hors-piste dans plusieurs États australiens
1994
Ouverture du Crown Casino de Melbourne, premier grand complexe de casino de type international en Australie
1997
Ouverture du Star City Casino à Sydney, renforçant l’infrastructure du jeu dans le pays
2001
L’Australie est identifiée par des études internationales comme le pays avec le plus fort taux de pertes par habitant aux machines à sous dans le monde
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