L’histoire fascinante des casinos en France

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Monaco, janvier 1879. Sarah Bernhardt monte sur scène dans une salle de concerts toute neuve, construite par Charles Garnier. Dans la salle, personne ne se doute que ce bâtiment va devenir le symbole d’un modèle que la France va exporter dans toute l’Europe pendant un siècle.

Les casinos français ne sont pas nés dans les grandes villes. Ils sont nés dans les thermes. C’est Napoléon Bonaparte qui, en 1806, autorise les premiers établissements légaux — à une condition stricte : ils doivent s’implanter dans des stations balnéaires ou thermales. Raisons pratiques : peu de stations, donc faciles à contrôler. Clientèle fortunée, donc fiscalité rentable. Cette décision administrative va structurer la géographie des casinos français pour deux siècles.

Le terme « casino » vient de l’italien casa — la maison. Le premier établissement européen du genre ouvre à Venise vers 1638. La France met du temps à formaliser la pratique, mais quand elle le fait, elle le fait à sa manière : avec une loi, un cadre, et un esthétisme qui va rapidement dépasser tout ce qui existe ailleurs.

La Belle Époque : quand le casino devient théâtre

La loi du 15 juin 1907 réserve les casinos aux communes balnéaires, thermales et climatériques. Une restriction qui, paradoxalement, va concentrer les investissements et pousser les propriétaires vers une surenchère architecturale spectaculaire.

Le casino de Nice, édifié place Masséna en 1882, est réhabilité par Édouard Niermans dans un décor Art Nouveau exubérant. Deauville, Vichy, Trouville rivalisent pour attirer les plus grands noms du spectacle. Ces établissements ne sont pas des salles de jeux — ce sont des centres culturels. Théâtres, concerts, bals, expositions : tout se passe dans ces palaces.

Le casino de Trouville-sur-Mer inspire plusieurs peintres de l’époque. Dès 1922, le Train Bleu relie Paris à la Côte d’Azur et déverse chaque saison l’aristocratie et la grande bourgeoisie devant les portes des casinos de la Riviera. Le luxe à la française trouve là son décor idéal.

La guerre transforme les palaces

Août 1914. La Jetée-Promenade de Nice est réquisitionnée par l’armée française. Les blessés de guerre remplacent les joueurs. L’hôtel Negresco devient l’hôpital militaire complémentaire nᵒ 15 dès le 12 septembre. Les somptueux établissements de la Belle Époque se muent en centres de soins.

À la fin du conflit, la Jetée est affectée à l’American YMCA — centre d’accueil pour les permissionnaires des troupes américaines. Les casinos, habitués à accueillir le monde entier, jouent le jeu une dernière fois avant la reconstruction.

L’entre-deux-guerres voit une lente renaissance. Le secteur s’adapte, comme il l’a toujours fait. C’est de cette période que date une exception qui tient encore : Paris, à 100 km à la ronde, reste interdite aux casinos depuis la loi de 1919. La seule brèche s’appelle Enghien-les-Bains — autorisée par une loi spéciale du 31 mars 1931, à vingt kilomètres de la capitale.

1987 : les machines à sous changent tout

Jusqu’en 1987, les casinos français ne proposent que des jeux de table. Roulette, baccarat, blackjack. Puis Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, signe la loi du 5 mai 1987. Les appareils à sous sont autorisés.

La transformation est radicale. En quelques années, ces machines captent plus de 80 % de l’activité des casinos. La clientèle change. Le modèle économique change. Les grandes salles de jeux de table perdent du terrain face à des rangées de terminaux électroniques.

En 2006, une autre rupture : les droits d’entrée aux salles de jeux de table sont supprimés. Le casino, longtemps réservé à une élite sociale, s’ouvre à tous.

202 établissements, une industrie sous tension

En 2023, la France compte 202 casinos — 195 en métropole, 7 en outre-mer C’est le second pays au monde par le nombre d’établissements. Le groupe Barrière, fondé en 1912 par François André, est devenu l’un des plus grands opérateurs européens.

La concentration des casinos dans le Massif central, les Alpes, les Pyrénées ou les Vosges n’est pas le fruit du hasard. C’est la carte du thermalisme français, tracée par les compagnies de chemin de fer au XIXᵉ siècle, qui structure encore aujourd’hui la géographie du jeu en France.

Le secteur fait face à deux pressions simultanées : la concurrence des jeux en ligne, légalisés progressivement, et les enjeux de santé publique liés à l’addiction. Après une croissance de 11 % entre 2000 et 2007, l’activité a ralenti. Les établissements physiques cherchent leur nouveau positionnement.

Les plus beaux survivants de la Belle Époque — le casino d’Évian-les-Bains classé monument historique, celui de Vichy témoin des fastes impériaux — continuent d’attirer une clientèle qui vient autant pour l’architecture que pour les jeux. Deux siècles après Napoléon, le lien entre patrimoine et hasard tient encore.

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Questions fréquentes

Pourquoi Paris n'a-t-il (presque) jamais eu de casino ?

Depuis la loi de 1919, les casinos sont interdits à Paris et dans un rayon de 100 km autour de la capitale. Seule exception : Enghien-les-Bains, autorisée par une loi spéciale en 1931, à vingt kilomètres seulement du centre de Paris.

Qu'est-ce qui a transformé les casinos français en hôpitaux militaires ?

En août 1914, dès le début de la Première Guerre mondiale, les palaces de la Belle Époque furent réquisitionnés par l'armée. La Jetée-Promenade de Nice accueillit des blessés, tandis que le Negresco devint l'hôpital militaire complémentaire nº 15 dès septembre 1914.

Quelle invention de 1987 a bouleversé le visage des casinos français ?

L'autorisation des machines à sous par Charles Pasqua en mai 1987 a tout changé. En quelques années, ces appareils ont capté plus de 80 % de l'activité des casinos, transformant radicalement la clientèle et remplaçant les grandes salles de jeux de table par des rangées de terminaux électroniques.

Pourquoi Napoléon a-t-il choisi les stations thermales pour implanter les premiers casinos ?

En 1806, Bonaparte autorise les casinos uniquement dans les stations balnéaires et thermales pour deux raisons pragmatiques : peu de lieux donc facile à contrôler, et clientèle fortunée donc fiscalité rentable. Cette décision administrative a structuré la géographie des casinos français pour deux siècles.

📅 Repères chronologiques
1907
Ouverture du premier casino légal de France à Nice — sous concession stricte.
1920
Boom des casinos dans les stations balnéaires : Deauville, Biarritz, Cannes.
1988
Loi Evin limite la publicité pour les casinos en France.
2010
La France compte 197 casinos — premier réseau en Europe.

📅 Repères chronologiques

1806
Napoléon autorise l’ouverture de maisons de jeu dans les stations thermales françaises
1907
La loi du 15 juin 1907 légalise officiellement les casinos dans les stations balnéaires et thermales
1933
Extension de la législation permettant aux casinos de s’implanter dans un plus grand nombre de communes
1988
La loi Joxe modernise la réglementation des casinos et leur ouvre de nouvelles possibilités d’exploitation
2010
La loi Woerth-Copé ouvre le marché des jeux en ligne en France et crée l’ARJEL, autorité de régulation
Casino de Monte-Carlo, façade principale
🖻 Casino de Monte-Carlo, façade principale
Façade du célèbre Casino de Monte-Carlo, inauguré en 1863, modèle influent pour les casinos français — Source : Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
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