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Le 7 mai 2005, au dixième round, Diego Corrales est au tapis pour la deuxième fois en trente secondes. Castillo a deux knockdowns. Il suffit d’un troisième pour finir le combat. Corrales crache son protège-dents — intentionnellement, pour gagner quelques secondes de récupération. L’arbitre lui donne un avertissement. Puis Corrales se jette sur Castillo et le submerge de coups jusqu’à l’arrêt du combat. Ce dixième round est considéré comme le meilleur round de boxe de l’histoire. Il s’est passé au Mandalay Bay Events Center, Las Vegas.
L’histoire du sport à Las Vegas commence dans un parking. Pas métaphoriquement — littéralement. Le tracé du Grand Prix de Caesars Palace de 1981 est dessiné dans le parking du casino, là où se trouvent aujourd’hui les Forum Shops. Les pilotes de F1 se retrouvent à tourner en rond dans 2,2 miles de béton avec 14 virages serrés, en se plaignant de gueules de bois et d’angles morts dangereux. L’expérience dure trois ans. Puis tout le monde passe à autre chose.
Quarante ans plus tard, Las Vegas accueille trois franchises sportives professionnelles majeures, héberge le Grand Prix de F1 annuel sur le Strip, et revendique le titre de « Sports and Entertainment Capital of the World ». La trajectoire entre le parking du Caesars en 1981 et l’Allegiant Stadium de 1,9 milliard de dollars en 2020 dit quelque chose sur la capacité de la ville à se réinventer.
La boxe invente le modèle
Le premier grand combat de boxe de Las Vegas a lieu en 1955 à Cashman Field. Archie Moore contre Nino Valdes pour un titre vacant des poids lourds. Moore gagne. Les promoteurs remarquent que l’atmosphère de Las Vegas — l’argent qui circule, les hôtels qui ont besoin de remplir leurs salles, les clients qui veulent du spectacle — crée des conditions idéales pour vendre des combats chers à une audience fortunée.
Le 15 avril 1985 au Caesars Palace, Marvin Hagler affronte Thomas Hearns dans ce qui s’appellera « The War ». Le combat dure trois rounds. Le premier round est peut-être le plus intense de l’histoire de la boxe — les deux hommes s’attaquent dès la première seconde sans stratégie défensive. Hagler gagne par KO technique au troisième round avec une entaille au front qui saigne. La salle est debout depuis le premier coup.
Muhammad Ali dispute son dernier combat professionnel au Caesars Palace en 1980, contre Larry Holmes. Il perd. Il avait 38 ans et prenait des médicaments pour une thyroïde défaillante. Son équipe lui avait conseillé d’arrêter depuis des années. La défaite est nette. Las Vegas n’en garde pas moins l’image d’Ali sur ses affiches pendant des décennies.
En novembre 1993, Riddick Bowe affronte Evander Holyfield au Caesars Palace. Au septième round, un homme descend du ciel avec un parapente motorisé et atterrit sur le rebord du ring. Il est immédiatement neutralisé par la sécurité et l’entourage de Bowe. Le combat reprend vingt minutes plus tard. Holyfield gagne par décision majoritaire. Le « Fan Man » est arrêté. L’incident entre dans le folklore de la boxe.
En 2015, Floyd Mayweather contre Manny Pacquiao au MGM Grand Garden Arena. Cinq ans de négociations pour arriver à ce combat. 4,6 millions d’achats pay-per-view — record historique à l’époque. Revenus totaux estimés à plus de 600 millions de dollars. Mayweather gagne aux points après douze rounds de boxe défensive. Le combat est jugé décevant sportivement. Il reste le plus lucratif de l’histoire.
Evel Knievel et les fontaines du Caesars
En décembre 1967, Evel Knievel tente de sauter par-dessus les fontaines du Caesars Palace à moto — 141 pieds de distance. Il rate l’atterrissage. Il brise son bassin, son fémur, ses poignets et plusieurs côtes. Il reste dans le coma 29 jours. Les images de la chute circulent en boucle à la télévision américaine pendant des semaines. Le Caesars Palace, embarrassé au départ d’avoir autorisé le saut, comprend rapidement que l’incident vaut des millions en publicité gratuite.
Knievel retente un saut cinq mois plus tard en Arizona. Il s’écrase de nouveau. Il continue sa carrière pendant encore dix ans. Las Vegas continue d’accueillir des tentatives de records improbables. La ville et l’échec spectaculaire ont une relation particulière — l’un et l’autre font partie du spectacle.
La F1 dans le parking, puis sur le Strip
Le Grand Prix de Caesars Palace de 1981 attire 38 000 spectateurs et est diffusé dans 31 pays devant 83 millions de téléspectateurs. L’Australien Alan Jones gagne la première édition. Mais les pilotes détestent le circuit — trop lent, trop technique, trop peu de dégagements. La deuxième édition en 1982 est remportée par Michele Alboreto. Deux courses en 1982 et 1983, puis plus rien. Caesars Palace veut construire une nouvelle entrée et un sportsbook là où passe le circuit. Aucune des deux parties ne veut financer la modification du tracé. La F1 quitte Las Vegas.
En mars 2022, la FIA annonce le retour de la F1 à Las Vegas avec un circuit urbain de 6,14 kilomètre sur le Strip. L’investissement initial de la Formule 1 : environ 250 millions de dollars, incluant l’achat d’un site et la construction du plus grand bâtiment de stands de F1 au monde. Le circuit passe devant le Venetian, le Caesars Palace, le Flamingo, le Paris Las Vegas, le Bellagio. Vitesses de pointe estimées à 345 km/h.
La première édition nocturne de novembre 2023 est un succès commercial. La deuxième en 2024 voit George Russell et Lewis Hamilton offrir un doublé Mercedes, pendant que Max Verstappen assure son quatrième titre mondial en terminant cinquième. L’édition 2025 est programmée du 20 au 22 novembre. La F1 a signé un contrat long terme avec Las Vegas. Le parking du Caesars Palace est définitivement remplacé dans les mémoires.
Les Golden Knights : une franchise inventée qui gagne la Coupe Stanley
En 2017, la NHL accorde une franchise d’expansion à Las Vegas — les Vegas Golden Knights. Une ville sans tradition hockey. Un désert à 40 degrés en été. Les sceptiques sont nombreux. La première saison, les Golden Knights atteignent la finale de la Coupe Stanley. Ils perdent contre les Washington Capitals. Mais la ville découvre le hockey sur glace et s’emballe.
En juin 2023, les Golden Knights battent les Florida Panthers en cinq matchs et remportent la Coupe Stanley à leur sixième saison d’existence. Le propriétaire Bill Foley avait prédit que la franchise gagnerait la Coupe dans ses six premières années. Il a eu raison. Las Vegas organise un défilé de victoire sur le Strip. Des centaines de milliers de personnes dans les rues.
Les Raiders : Oakland, Los Angeles, Oakland, Las Vegas
Les Raiders ont quitté Oakland pour Los Angeles en 1982, sont retournés à Oakland en 1995, et ont annoncé leur déménagement à Las Vegas en 2017. Le propriétaire Mark Davis avait acheté le domaine LasVegasRaiders.com en 1998 — dix-neuf ans avant l’annonce officielle.
L’Allegiant Stadium ouvre en 2020 pour 1,9 milliard de dollars. 65 000 places. Toit translucide. Gazon naturel sur plateforme mobile qui sort du stade entre les matchs pour bénéficier du soleil. Le bâtiment est conçu pour accueillir le Super Bowl, les finales NCAA, les concerts. En 2024, le Super Bowl LVIII se joue à l’Allegiant Stadium. 61 629 spectateurs. Diffusion dans plus de 100 pays.
Les Las Vegas Aces et la WNBA
En 2023, les Las Vegas Aces remportent leur deuxième titre WNBA consécutif en battant les New York Liberty. Becky Hammon, entraîneuse principale depuis 2022, est la première femme à avoir mené une équipe WNBA à deux titres consécutifs. A’ja Wilson, pivot des Aces, est nommée MVP de la saison régulière pour la troisième fois. Las Vegas a une culture basketball qui n’existait pas dix ans avant.
2028 : les Athletics arrivent
En avril 2024, le Tropicana est démoli. Sur son terrain, un stade de baseball de 1,5 milliard de dollars est en construction pour les Oakland Athletics — franchise de MLB qui déménage pour la saison 2028. Las Vegas aura alors quatre franchises sportives professionnelles majeures : Golden Knights (NHL), Raiders (NFL), Aces (WNBA), Athletics (MLB). Plus le Grand Prix de F1 annuel. Plus les combats de boxe au T-Mobile Arena et à l’Allegiant Stadium.
La ville qui n’avait aucune franchise professionnelle en 2016 en aura quatre en 2028. Le Final Four NCAA masculin est programmé à Las Vegas en 2028. Des discussions sont en cours pour d’autres événements de niveau mondial.
Ce que Las Vegas a compris
Les paris sportifs légaux ont longtemps été le seul lien officiel entre Las Vegas et le sport professionnel. Les ligues interdisaient à leurs franchises de s’installer dans une ville où on pariait sur leurs matchs. Cette règle a tenu jusqu’en 2017. La légalisation progressive des paris sportifs dans d’autres États a retiré à Las Vegas son statut d’exception. Ce qui était une raison d’exclusion est devenu une raison d’attraction.
Las Vegas a aussi compris que le sport et le divertissement fusionnent dans sa version des événements. Un match des Raiders à l’Allegiant Stadium n’est pas seulement un match de football — c’est une soirée avec concerts d’avant-match, restaurants intégrés au stade, bookmakers légaux dans l’enceinte, et une ville entière de casinos et de restaurants à moins de dix minutes. Le package est unique.
Du parking du Caesars Palace en 1981 à l’Allegiant Stadium en 2020, Las Vegas a mis quarante ans à construire ce que d’autres villes n’ont pas encore réussi à assembler. L’intensité de ce que la ville propose aux amateurs de sport ressemble à celle que les croupiers professionnels créent chaque soir autour des tables — dans les animation casino île-de-france comme dans les grandes arènes du Nevada, l’enjeu transforme le spectacle.
Questions fréquentes
Pourquoi Corrales a-t-il craché son protège-dents au dixième round ?
C'était intentionnel. Corrales venait d'être envoyé au tapis deux fois en trente secondes et cherchait désespérément quelques secondes de récupération avant la reprise. Le stratagème a fonctionné : après l'avertissement de l'arbitre, il s'est jeté sur Castillo et a remporté ce qui est considéré comme le meilleur round de l'histoire de la boxe.
Qu'est-ce qui a convaincu les casinos que la boxe était faite pour Las Vegas ?
Après le combat Moore-Valdes en 1955, les promoteurs ont compris que Las Vegas réunissait trois ingrédients parfaits : l'argent qui circule librement, des hôtels cherchant à remplir leurs salles, et une clientèle venue pour le spectacle. Cette alchimie permettait de vendre des combats très chers à une audience fortunée prête à dépenser.
Qu'est-il arrivé au parapentiste qui a atterri sur le ring en plein combat ?
Le 'Fan Man' a littéralement descendu du ciel au septième round du combat Bowe-Holyfield en 1993, atterrissant sur le rebord du ring avec son parapente motorisé. Immédiatement neutralisé par la sécurité, il a été arrêté tandis que le combat reprenait vingt minutes plus tard. L'incident est entré dans le folklore de la boxe.
Le Caesars Palace a-t-il regretté d'avoir autorisé le saut d'Evel Knievel ?
Au début, oui : Knievel a raté son atterrissage, s'est brisé plusieurs os et est resté 29 jours dans le coma. Mais le casino a vite changé d'avis en voyant les images de la chute circuler en boucle à la télévision pendant des semaines — l'incident valait des millions en publicité gratuite.
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