
Illustration — Jeu de cartes. Photo : Dmitry Fomin, CC0, via Wikimedia Commons.
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Le coupable est toujours le même : le jeu. Et le complice, presque toujours, la carte. Depuis que les cartes à jouer ont fait leur apparition en Europe au XIVe siècle, la triche n’a cessé de s’adapter, de s’affiner, de se techniciser. Loin d’être une pratique marginale, elle a accompagné l’histoire du jeu comme son ombre portée, du petit tripot de province aux palaces de Las Vegas. Des premières entailles à l’ongle aux encres invisibles détectables à l’infrarouge, l’histoire des cartes truquées est celle d’une course sans fin entre l’ingéniosité des tricheurs et la vigilance des casinos.
Les premiers marquages : l’âge du biseau et de l’ongle
Au XVIIIe siècle, la triche aux cartes était une pratique si répandue que la police parisienne en avait fait une de ses priorités. Les archives judiciaires de l’époque regorgent de rapports d’inspecteurs traquant les « filous, cocangeurs ou « Grecs » ». Les méthodes étaient alors rudimentaires mais efficaces. La plus courante consistait à « biseauter » les cartes, c’est-à-dire à en couper les bords de manière imperceptible, permettant au tricheur de reconnaître les cartes les plus fortes au toucher.
Les premiers essais de marquage utilisaient des techniques simples : plis, courbures, et de minuscules piqûres rappelant l’écriture Braille. Avec l’apparition de motifs imprimés au dos des cartes, les tricheurs ont commencé à altérer ces dessins, ajoutant ou supprimant des traits, des points ou des ombres.
Les premiers marquages : l’âge du biseau et de l’ongle
Le marquage industriel : la carte comme objet technique
Au XIXe siècle, la triche aux cartes s’est professionnalisée. Des ateliers entiers se consacraient à la fabrication de jeux de cartes truqués. En novembre 1862, le Worcester Daily Spy rapportait, en citant le St. Louis Republican, que les jeux de cartes marquées les plus courants se vendaient 6 dollars la douzaine, et que les modèles plus sophistiqués pouvaient atteindre 12 dollars la douzaine. Le marquage pouvait être effectué à l’avance, avec des encres spéciales ou des techniques de grattage, ou en cours de partie, à l’aide d’une aiguille cachée dans une bague — une pratique appelée « blazing ».
Les casinos ont rapidement compris qu’ils devaient se protéger. À Las Vegas, dès le début du XXe siècle, les établissements ont commencé à altérer systématiquement les jeux de cartes qu’ils vendaient aux touristes, en les perforant ou en en coupant les bords, pour empêcher les tricheurs de les réintroduire dans le jeu après les avoir marqués.
L’ère du high-tech : encres invisibles et lentilles infrarouges
L’ère du high-tech : encres invisibles et lentilles infrarouges
Le XXe siècle a vu l’irruption des technologies dans l’art de la triche. Les encres invisibles, qui ne réagissent qu’à certaines longueurs d’onde, sont devenues l’outil de prédilection des tricheurs modernes. Un cas emblématique a défrayé la chronique en 2011, sur la Côte d’Azur. Stefano Ampollini, surnommé « Parmesan », a utilisé des lentilles de contact infrarouges pour lire des cartes marquées à l’encre invisible dans un casino de Cannes. L’astuce lui a permis de remporter 70 000 euros en une seule nuit. Ampollini fut arrêté et condamné à deux ans de prison. Un cas similaire a été signalé aux États-Unis en 2013. Bruce Koloshi a été arrêté dans le Connecticut alors qu’il tentait de lever une caution pour une accusation identique en Louisiane. Les autorités de Louisiane ont déclaré que sa méthode comptait parmi les tentatives de triche les plus élaborées qu’elles aient jamais rencontrées.
Richard Marcus et la triche comme art de vivre
Aucune histoire de la triche aux cartes ne serait complète sans évoquer Richard Marcus. Dans son livre American Roulette (2003), Marcus raconte ses vingt-cinq années passées à escroquer les casinos du monde entier. S’il est difficile de vérifier l’exactitude de ses affirmations, son récit offre une plongée fascinante dans l’univers des tricheurs professionnels.
Une course sans fin
Une course sans fin
L’histoire des cartes truquées est celle d’une guerre de l’ombre. Chaque avancée technologique des tricheurs est immédiatement contrecarrée par les casinos. Les professionnels de l’tables de jeu et croupiers pour événement d’entreprise proposent des formules qui restituent les codes du jeu dans un cadre festif, mais ces animations ne reproduisent pas la tension de cette lutte séculaire entre le tricheur et le croupier.
Conclusion
La carte truquée, qu’elle soit biseautée ou infrarouge, reste le symbole d’une ruse qui, depuis des siècles, fascine et répugne à la fois.
Le jeu d’argent comporte des risques. Jouer doit rester un divertissement. En cas de problème, contactez Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).
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