Du Ganjifeh au Baccara : la généalogie des jeux de cartes

Carte à jouer mamelouke du XVe siècle

Carte à jouer mamelouke (vers 1500), palais de Topkapı, Istanbul. Domaine public, via Wikimedia Commons.

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Un roi assis sur son trône, une reine couronnée, un valet à cheval. Ces figures, que nous reconnaissons au premier coup d’œil, ont traversé les siècles et les continents avant d’atterrir sur nos tables. Les jeux de cartes, que l’on associe volontiers à l’Europe, sont en réalité le fruit d’un long voyage, parti de l’Asie pour rejoindre l’Occident via la Perse et l’Inde. Le baccara, l’un des jeux les plus emblématiques des casinos modernes, est l’héritier de cette généalogie complexe.

Des cartes chinoises aux figures perses

L’histoire des cartes à jouer commence en Chine, probablement sous la dynastie Tang (618-907), où l’on jouait à un « jeu de feuilles ». Mais ces premières cartes, dépourvues de figures humaines, n’ont pas le même aspect que les nôtres. C’est en Iran, lorsque les cartes y sont introduites, que les Perses créent les premières « face cards » — ces figures que nous connaissons aujourd’hui.

Le jeu de cartes persan s’appelle le ganjifeh (ou ganjifa). Son nom viendrait du persan ganj, qui signifie « trésor ». Les cartes ganjifeh étaient somptueusement décorées, souvent peintes à la main, et comportaient huit couleurs (ou suits). Le roi y est représenté assis sur son trône, une posture qui influencera les rois des jeux européens. De la Perse, les cartes se sont répandues en Inde, où le ganjifa est devenu un jeu populaire, avant de gagner l’Égypte et l’Afrique du Nord.

L’arrivée en Europe : des Mamelouks aux tavernes

L’arrivée en Europe : des Mamelouks aux tavernes

C’est par l’intermédiaire des Mamelouks d’Égypte que les cartes à jouer font leur entrée en Europe, probablement au XIIIe ou XIVe siècle. Les plus anciennes mentions européennes des cartes à jouer remontent à 1371 en Catalogne. Les cartes mameloukes, dont un jeu partiel est conservé au palais de Topkapı à Istanbul, étaient très proches des cartes espagnoles et italiennes primitives. En 1377, le moine dominicain Johannes de Rheinfelden rédige la plus ancienne description connue des cartes à jouer en Europe.

Le baccara : une origine italienne ou française ?

Le baccara, quant à lui, est un jeu dont les origines sont disputées. Une légende tenace, largement relayée, attribue son invention à un joueur italien du nom de Felix Falguiere (ou Falguierein), à la fin du XVe siècle. Selon cette légende, Falguiere se serait inspiré d’un ancien rituel étrusque où une vierge blonde lançait un dé à neuf faces pour invoquer les dieux.

Le baccara : une origine italienne ou française ?

Mais l’historien du jeu David Parlett, dans The Oxford Guide to Card Games (1990), réfute cette légende. Pour Parlett, le baccara n’est pas attesté avant le début du XIXe siècle. La plus ancienne mention certaine du jeu date de 1822 à Marseille. L’Encyclopædia Britannica de 1911, tout comme l’American Cyclopædia de 1879, reprennent la thèse d’une origine italienne du XVe siècle, mais sans preuve documentaire.

Le jeu de Macao : le chaînon manquant

Parlett considère que le Macao — un jeu de cartes européen apparu à la fin du XVIIIe siècle — est le précurseur immédiat du baccara. Le Macao est un jeu de banque, joué avec des cartes françaises, dont le but est d’approcher le plus possible de neuf points. Il est mentionné pour la première fois en 1774, et aurait des origines hongroises ou italiennes. Son nom et ses règles suggèrent qu’il pourrait avoir été rapporté d’Asie par des marins, où des jeux similaires existaient depuis le début du XVIIe siècle, comme le San zhang chinois, l’Oicho-Kabu japonais ou le Gabo japgi coréen. Le Macao était si populaire qu’il fut interdit dans les États de Savoie dès 1788, et qu’il causa la ruine du célèbre dandy Beau Brummell au club Watier’s de Londres.

Du salon privé au casino cubain : l’évolution du baccara

Le jeu de Macao : le chaînon manquant

Au XIXe siècle, le baccara devient populaire parmi la noblesse française. Avant la légalisation des casinos en 1907, on y jouait dans des salons privés. La forme la plus ancienne est le baccara banque (ou à deux tableaux). Plus tard apparaît le chemin de fer, un jeu à deux personnes où la banque passe d’un joueur à l’autre. Mais c’est au XXe siècle que le baccara prend sa forme moderne, avec l’invention du punto banco, né à La Havane, à Cuba, dans les années 1940, probablement au Capri Casino.

Macao et l’essor du baccara

C’est dans les années 1930 que le baccara fait son entrée à Macao. Mais c’est surtout sous le régime de la STDM (Sociedade de Turismo e Diversões de Macau), de 1962 à 2002, que le jeu connaît un essor fulgurant. Le baccara supplante alors le fantan, un jeu traditionnel chinois, pour devenir le jeu de casino le plus important de l’ancienne colonie portugaise. En 2013, le baccara générait plus de 41 milliards de dollars sur les 45 milliards de revenus totaux des casinos de Macao, selon les données du Bureau d’Inspection et de Coordination des Jeux de Macao.

Les formules d’tables de jeu et croupiers pour événement d’entreprise permettent de faire découvrir le baccara et ses variantes dans un cadre festif et professionnel.

Macao et l’essor du baccara

Conclusion : une généalogie mondiale

Le baccara n’est pas né en un jour, ni dans un seul pays. Il est le fruit d’une généalogie mondiale, qui commence avec les cartes à jouer chinoises, passe par les figures royales perses et indiennes du ganjifeh, traverse l’Europe via les Mamelouks d’Égypte, se cristallise dans le Macao du XVIIIe siècle, s’affine dans les salons français du XIXe, se simplifie à Cuba au XXe, et triomphe à Macao au XXIe.

Le jeu d’argent comporte des risques. Jouer doit rester un divertissement. En cas de problème, contactez Joueurs Info Service au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).

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