Circus Circus : 58 ans de piste, de mafia et de familles

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18 octobre 1968, nord du Strip. Jay Sarno, en haut-de-forme et queue-de-pie, ouvre les portes du « Disneyland de l’éméraude ». 10 000 personnes se pressent, quatre de front, sur plus d’un pâté de maisons. Cinquante-huit ans plus tard, le cirque tient toujours, sous de nouvelles couleurs – et dans l’attente d’un avenir incertain.

1968-2019 : l’âge d’or et la descente aux enfers

Circus Circus était l’enfant mal-aimé de Jay Sarno, le visionnaire à qui l’on doit déjà Caesars Palace. Son pari : attirer les familles à Las Vegas. Une hérésie à l’époque. Et pourtant. Les trapézistes volent au-dessus des tapis verts. Les jongleurs slaloment entre les machines à sous. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Pas de chambres d’hôtel. Un droit d’entrée dissuasif. Et, pour couronner le tout, la mafia. Sarno, criblé de dettes, se tourne vers Nick Civella, le parrain de Kansas City, qui lui ouvre les coffres des Teamsters. Prêt de 7,6 millions de dollars. En échange, Circus Circus devient une succursale du crime organisé. Tony Spilotro – le personnage joué par Joe Pesci dans Casino – y tient une boutique de bijoux. Les valises de cash partent pour Chicago et Kansas City. En 1974, Bill Bennett et Bill Pennington prennent les rênes. Ils chassent les truqueurs, vendent l’éléphant Tanya qui déambulait dans le casino, et construisent un empire hôtelier qui finira entre les mains de MGM.

2019 : l’homme au chapeau s’invite au cirque

Le 15 octobre 2019, MGM Resorts International vend Circus Circus à Phil Ruffin pour 825 millions de dollars. Ruffin, 90 ans aujourd’hui, ami de Donald Trump, possède déjà le Treasure Island. Il promet une métamorphose : piscines, plages de sable, et « vintage Vegas ». Les premiers travaux débutent immédiatement : 30 millions de dollars pour rénover les chambres, les ascenseurs, l’Adventuredome, et la peinture extérieure.

2025-2026 : « vintage Vegas », bingo et frissons

L’année 2025 marque un tournant. Le 20 janvier, Ruffin annonce à Forbes qu’il souhaite vendre Circus Circus. Il le valorise 5 milliards de dollars. Depuis, le dossier n’a pas avancé. Pendant ce temps, la direction du resort mise sur une stratégie inattendue : le retour au vintage. En février 2026, un bingo hall ouvre dans un ancien local de stockage. 255 places, carton et encre, pas de tablette. « Les clients adorent », assure la directrice générale Shana Gerety. En mars 2026, le Las Vegas Sun raconte la file d’attente qui se forme trente minutes avant l’ouverture. Pour Halloween, l’Adventuredome se transforme en Fear Zone.

Le North Strip en ébullition

Autour de Circus Circus, le quartier se transforme. Resorts World Las Vegas (4,3 milliards de dollars) a ouvert en juin 2021. Fontainebleau, après des années de retard, a finalement ouvert ses portes en décembre 2023. Entre eux, Circus Circus fait figure de survivant un peu fané, mais toujours debout.

Un modèle à suivre ?

L’histoire de Circus Circus est celle d’une résilience à l’américaine. Né d’une idée géniale mais mal gérée, colonisé par la pègre, sauvé par des entrepreneurs, il a survécu à toutes les modes et aux crises. Aujourd’hui, les soirées à thème de Las Vegas se déclinent ailleurs, y compris en France, où des prestation de casino événementiel permettent de retrouver le frisson des années 1960 sans les risques ni les mafieux. On y croise des croupiers, des machines à sous vintage, et surtout, aucun homme de main.

L’avenir suspendu

Circus Circus fêtera ses 60 ans en 2028. Entre-temps, il aura peut-être changé de mains. Mais son héritage – celui d’un casino où les enfants pouvaient rire pendant que leurs parents jouaient – restera l’une des plus belles inventions de Jay Sarno.

FAQ

Qui a construit Circus Circus ?
Jay Sarno, le même homme qui avait créé Caesars Palace en 1966. Il a imaginé un casino familial pour attirer une clientèle jusqu’alors ignorée par le Strip.

Quel a été le rôle de la mafia ?
Dans les années 1970, Sarno, endetté, a emprunté 7,6 millions de dollars au fonds de pension des Teamsters, contrôlé par la mafia de Kansas City. En échange, Circus Circus a servi de couverture pour des activités de skimming. Tony Spilotro y tenait une boutique.

Que prévoit l’avenir pour Circus Circus ?
Le propriétaire actuel, Phil Ruffin, a annoncé en janvier 2025 sa volonté de vendre le resort pour 5 milliards de dollars. Aucune vente n’a encore été finalisée. En attendant, la direction rénove et mise sur un retour au « vintage Vegas ».


Questions fréquentes

Pourquoi Circus Circus a-t-il failli couler dès son ouverture ?

Jay Sarno a eu une idée géniale – un casino pour les familles – mais aucune chambre d'hôtel et un droit d'entrée dissuasif. Criblé de dettes, il s'est tourné vers la mafia de Kansas City qui a fait du casino une blanchisserie géante pendant des années.

Que faisait Tony Spilotro, le vrai Joe Pesci de Casino, à Circus Circus ?

Il y tenait une boutique de bijoux, couverture idéale pour superviser les valises de cash qui partaient vers Chicago et Kansas City. Le casino était alors une succursale officieuse du crime organisé.

Phil Ruffin veut-il vraiment vendre Circus Circus 5 milliards… ou bluffer ?

En janvier 2025, ce milliardaire ami de Trump a annoncé vouloir vendre pour 5 milliards, soit six fois son prix d'achat de 2019. Depuis, silence radio – mais un bingo vintage vient d'ouvrir, comme si le cirque n'allait nulle part.

Qu'est-il arrivé à Tanya, l'éléphante du casino ?

En 1974, les nouveaux propriétaires Bill Bennett et Bill Pennington ont vendu Tanya qui déambulait entre les machines à sous. Fini le folklore : place au business sérieux et à la chasse aux tricheurs mafieux.


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