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Richard Wiseman, professeur de psychologie à l’université du Hertfordshire et ancien magicien professionnel, a passé plusieurs années à suivre des gens qui se décrivaient comme chanceux et d’autres qui se disaient malchanceux. Sa conclusion : seulement 10 % de notre existence sont véritablement aléatoires.
Ce que « chance » veut dire
Le mot « chance » vient du vieux français et partage la même racine que « choir » — tomber. À l’origine, il désignait littéralement la façon dont retombaient les dés. « Hasard » vient de l’arabe « az-zahar », qui signifie « dé ». Deux mots différents, même image : quelque chose qui échappe, qui tombe sur nous sans qu’on puisse l’influencer. On a construit toute une philosophie du destin sur la trajectoire d’un objet cubique.
Christophe André, psychiatre spécialiste de psychologie positive, pose la question autrement : « Vous imaginez une gazelle disant à sa copine gazelle : « J’ai eu de la chance aujourd’hui, je n’ai pas croisé de lion » ? » Donner du sens à ce qui nous arrive est une spécificité humaine. La chance est l’un de nos outils narratifs — un moyen de structurer notre compréhension du monde. Ce qu’on se dit sur sa propre chance révèle l’histoire qu’on se raconte sur soi-même.
Les quatre traits des « chanceux »
Les recherches de Wiseman révèlent un profil type. Première caractéristique : les personnes qui se disent chanceuses maximisent leurs opportunités. Elles essaient, expérimentent, multiplient les projets, basent leur apprentissage sur l’interaction avec les autres. Elles ne restent pas passives. Deuxième caractéristique : elles écoutent leur intuition — non pas comme un phénomène mystique, mais comme le traitement rapide d’une grande quantité d’informations accumulées.
Troisième caractéristique : elles sont fondamentalement optimistes, convaincues que n’importe quel accident de vie finira par leur apporter quelque chose. Cette croyance devient autoréalisatrice — en cherchant activement les aspects positifs d’une situation difficile, elles finissent effectivement par en tirer parti. Quatrième caractéristique, révélée par une expérience simple : Wiseman a donné un journal à des volontaires en leur demandant de compter les photos. Les « chanceux » ont beaucoup plus souvent remarqué le message en grosses lettres qui disait « Arrêtez de compter, il y a 43 photos dans ce journal. » Ils regardent différemment.
La théorie de l’attribution
Le psychologue Bernard Weiner a développé la théorie de l’attribution : comment expliquons-nous nos succès et nos échecs ? Certains attribuent leurs réussites à leurs mérites (« J’ai obtenu cette promotion grâce à mon travail »), d’autres à des causes externes (« J’ai réussi mon examen par chance »). Cette différence révèle le degré de sécurité intérieure. Il faut une certaine solidité psychologique pour sortir du « je n’ai jamais de chance en amour » et s’interroger sur sa propre part dans les échecs répétés.
Kairos : le dieu du moment opportun
Les Grecs avaient un concept pour ça : Kairos, le dieu du moment opportun. Représenté chauve mais doté d’une fine queue-de-cheval, il symbolise ces instants fugaces qu’il faut saisir au vol. Impossible à attraper par l’arrière, difficile à saisir de face, mais accessible à ceux qui savent le reconnaître. À Olympie, un autel lui était dédié juste à côté de celui d’Hermès Enagonios — l’Opportunité aux côtés du Concours.
Steve Jobs décrivait le même phénomène comme la capacité à « connecter les points » rétrospectivement — voir les liens entre des expériences apparemment déconnectées. Ce n’est pas de la chance. C’est de l’attention.
Ce que la comparaison sociale fait à notre perception
Notre rapport à la chance est aussi façonné par ce qu’on voit des autres. Une étude de Stanford a montré que les utilisateurs actifs de Facebook sous-estiment systématiquement leurs propres expériences positives par rapport à celles des autres — on compare nos coulisses aux représentations publiques des autres. Ce biais transforme des vies objectivement satisfaisantes en sources permanentes de frustration.
Joseph Kessel écrivait : « La chance, la vraie, la secourable, forte et mystérieuse chance, elle est dans la chair digne de la porter, dans le cœur fait pour la nourrir. Elle est une sécrétion, un rayonnement. » Ce n’est pas une formule mystique. C’est une observation sur la disposition intérieure.
10 % aléatoire, 90 % attitude
La conclusion de Wiseman reste la plus utile : accepter qu’une part de l’existence reste aléatoire rend paradoxalement plus « chanceux ». L’illusion du contrôle total génère anxiété et rigidité. Accepter l’incertitude tout en maximisant ses chances de réussite rend plus adaptable et ouvert. Le hasard existe. Ce qu’on en fait est une autre histoire.
Pour ceux que l’univers du jeu et du hasard fascine dans un cadre maîtrisé, L’As du Casino propose des soirées casino d’entreprise à Paris — où le hasard est réel, mais personne ne mise sa liberté.
Questions fréquentes
Pourquoi les « chanceux » trouvaient-ils plus vite le message caché dans le journal ?
Parce qu'ils regardent différemment. Pendant que les « malchanceux » comptaient méticuleusement chaque photo, les chanceux ont remarqué le message en grosses lettres disant « Arrêtez de compter, il y a 43 photos ». Ils restent attentifs à ce qui échappe à la consigne initiale.
Quel est le point commun entre « chance » et « hasard » ?
Les deux mots ramènent au même objet : le dé. « Chance » vient du vieux français lié à « choir » (la chute des dés), et « hasard » vient de l'arabe « az-zahar » qui signifie « dé ». Toute notre philosophie du destin repose sur la trajectoire d'un cube.
Pourquoi une gazelle ne dirait jamais qu'elle a eu de la chance d'éviter un lion ?
Parce que donner du sens narratif à ce qui nous arrive est une spécificité humaine. Cette métaphore du psychiatre Christophe André montre que la « chance » n'est pas un phénomène objectif, mais un outil que nous utilisons pour structurer notre compréhension du monde.
Qui était Kairos et pourquoi avait-il une queue-de-cheval ?
Kairos était le dieu grec du moment opportun, représenté chauve avec une fine queue-de-cheval. Cette image symbolise l'instant fugace qu'on peut saisir de face mais jamais rattraper une fois passé. À Olympie, son autel trônait juste à côté de celui de l'Opportunité.
« I’ve found that luck is quite predictable. If you want more luck, take more chances, be more active, show up more often. »
— Richard Wiseman, Conclusion tirée de ses recherches sur la psychologie de la chance, menées pendant plus de dix ans à l’Université du Hertfordshire